: Choses d’automne :

[fr] Voir les jours baisser, mais sans trop de nostalgie car il fait encore bien beau. Attraper le premier gros rhume de l’année et traîner quinze jours une toux digne d’un roman naturaliste. Voir au sol les feuilles de platane. Profiter de mes graminées en touffes lumineuses. Guetter l’éclosion des sedums. Me réjouir déjà des prochains bonheurs : rouges, jaunes, bruns, frissonnants, crissants sous les semelles, en rondes folles dans les coups de vent et marcescents pour certains. Reprendre les longues marches mouillées sentant la terre et le bois. Et la nuit, regarder la lune…

Source de l’image : galerie Flickr de colodio, 10 novembre 2008, creative commons

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: Le pont flottant de la mort :

Kazura-bashi - CC world waif

[fr] À un moment ou à un autre, on croise, de plus ou moins près, la naissance ou la mort. Et ce peut être sur des chemins (épingles ou aiguilles ?) plus tortueux que souhaité. Naissance sous monitoring et autres techniques invasives, fin de vie plus que médicalisée, que ces moments sont aujourd’hui dépouillés de leur sens, de leur profondeur, de leur vérité symbolique, spirituelle… réduits à des séquences, des phases, des procédures. Manque de douceur, de contact peau, de communication sans parler, sans avoir peur du silence.

Kazura-bashi - CC world waif

Aux mourants, offrons, autant qu’il nous est possible, même par instants volés, des choses simples : une chambre qui soit comme une forêt où l’on peut se perdre (puisque c’est de ça qu’il s’agit quand quelqu’un « part »), calme, sombre, bruissante ; des oreilles qui écoutent et une attention de tout l’être par-delà la parole ; des sourires comme rosée ; des regards comme des papillons. Et cette fleur qu’ils ne verront pas forcément, mais qui distille dans la chambre son impalpable sourire, comme celle placée au chevet du blessé horriblement mutilé de Johnny got his gun.

Et aidons-les à prendre le chemin. Qu’il soit celui de la montagne, comme dans La Ballade de Narayama, celui de la mer aux vagues endormeuses, ou encore du pont entre deux rives où l’on s’avance toujours seul, faible, nu. Que la brume les accompagne, et non la lumière crue, le bruit de l’eau, et non celui des moniteurs, le souvenir des caresses sur la peau et non les aiguilles et les tubes invasifs.

Giron du songe
Avancer à pas très lents
vers quoi ? — sans pensée


Source : galerie de world waif, CC sur Flickr / Johnny got his gun, 1971 / Maria Casarès (merci à « El sí mágico »)

: Choses apportées par le vent :

[fr] Beau déchaînement venteux ce jour et même depuis quelques jours. Du coup, de beaux tapis de feuilles accompagnent chaque matin nos pas, parfois traîtres et mouillés, souvent crissants et lumineux. Avec un peu plus de temps ce dimanche, l’idée de balayer quelques feuilles. Et le vent qui a l’air de se moquer, et fait valser l’à peine ramassé, mais en un tourbillon jaune, brun, rouge, si plaisant à regarder.

ramassant les feuilles
cette odeur de tarte aux pommes
par grand vent portée

La cloche de vent qui avait glissé, je lui fais reprendre sa place et elle m’accompagne. Plus tard, devant la maison, encore des feuilles.

rafales tout le jour
tapis de roi au couchant
belle soirée d’hiver

: Choses d’hiver :

Asama-yama - cc Tanaka Juuyoh

[fr] L’hiver poétique a débuté depuis quelques jours : le 7 novembre, ainsi que le rappelle Seegan Mabesoone aux haikistes francophones.

Il était temps de mettre en place l’image d’en-tête saisonnière que voici là-haut. C’est une de mes préférées…

Et voici quelques-unes de ces choses d’hiver que je me plais à relever : plus souvent désormais la jolie « geisha » du Weather Pixie, dans la colonne de droite, enfilera son kosode vert olive, puis cet autre rouge profond à doublure jaune orangé, et à mesure que la température s’approchera de zéro, elle arborera le bleu très clair, couleur menthe glaciale.

Choses à sentir : l’odeur de la terre, l’air humide, la nuit qui tombe vite, le bonheur de la lampe quand on lit.

Marcher d’un pas vif, encore sans manteau.

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Source image :  galerie de photos Flicker de Tanaka Juuyoh : 田中十洋, licence Creative Commons. Photo prise le 7 novembre 2009.

: Choses tendres :

[fr] Ce soir, faire un bouquet de toutes ces choses douces.

new_dawn_le_soir

Le rosier New Dawn qui grimpe toujours sur le mur et donne des fleurs alors que presque tous les autres ont déclaré forfait. Quelques-unes, fragiles, senties ce matin, vite cueillies et emmenées là où je travaille. Leur couleur tendre, ici presque blanche, le parfum qui me rappelle le jardin d’Anita. Pas la couleur un peu plus rosée/rose pâle des catalogues. Apprendre que c’est un hybride de Wichuriana, obtention en 1930. Ce soir, avant que la nuit n’arrive vraiment, prendre quelques images qui sortent très sombres. Refuser la correction automatique du logiciel qui ne comprend pas le charme de l’imparfait, du voilé, du non maîtrisé.

aldo_ciccolini

Écouter pour son quatre-vinqt-quatrième anniversaire le récital d’Aldo Ciccolini en direct de La Roque d’Anthéron. Avec une légèreté de vieux papillon philosophe, oxymore aérien, que j’imagine délicieusement touché, étourdi et presque absent au sein des applaudissements… Les cigales étaient là aussi, discrètes comme des âmes.

Écrire chez moi alors que la nuit est tombée et que la ville est calme.

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Pour rendre justice à New Dawn, vous pouvez voir ici et des images plus en harmonie avec la norme de la blogosphère jardinière.

: Choses qui plaisent, fin d’automne :

Ce soir, la lune très blanche, encore incomplète, qui brille fort. Dans une nuit que l’on imagine très froide, à l’abri derrière la vitre, dans la pièce sans lumière. Se dire que l’on a raté la lune d’automne (aki no tsuki – 秋の月), mais que la beauté se prend, comme l’occasion, quand elle surgit.

Lire avec bonheur une page du Saijiki : Tsuki

Nourrir son regard des couleurs des feuilles, y baigner son esprit. Le jaune du sophora, d’autres feuilles jaune pâle mêlé de rose, l’érable en rouille feu, le prunus…

Et là, plus une feuille sur les branches mais des cosses presque transparentes qui les habillent comme un arbre aux souhaits.
arbre-aux-messages

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: Wabi sabi / Rose ? :

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[fr] Depuis quelques jours, je regarde le rosier grimpant qui fleurit et envahit le treillage… alors qu’ailleurs les floraisons généreuses de mai et début juin sont passées. Et ces petites fleurs pomponnettes me ravissent, comme un motif Art déco.
Rosier grimpant Casimir Moullé (Barbier 1910)

Mais ce qui me plaît encore davantage, c’est la beauté du rosier alors qu’insensiblement il se fane. Le rose assez vif se ternit et se grise d’une corolle à l’autre. Je vois là un symbole de wabi sabi, comme je le comprends. Les fleurs un peu passées, plus chiffonnées, gardent néanmoins leurs pétales et offrent leur patine passagère à la cloison d’osier vieillie par quelques hivers :

impermanence
guirlande de roses sur la haie —
belles imparfaites

Rosier grimpant Casimir Moullé sur la clôture - 2008

Ce rosier ancien est un hybride de Wichuraiana : Casimir Moullé (1910, Barbier R. wichuraiana x « Madame Norbert Levavasseur »), grimpant de 3 à 5 m, à petites fleurs, rose, non remontant.

[en] I’ve been looking at this fence for a few days, pleased to see the flowering Rambler roses. I like them even more when they tend to fade, changing from pinkish to pale rose, or even grey rose. Is this a symbol of wabi sabi, as I understand it ? What is your idea about it ?

Rambler rose \
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