: Le pont flottant de la mort :

Kazura-bashi - CC world waif

[fr] À un moment ou à un autre, on croise, de plus ou moins près, la naissance ou la mort. Et ce peut être sur des chemins (épingles ou aiguilles ?) plus tortueux que souhaité. Naissance sous monitoring et autres techniques invasives, fin de vie plus que médicalisée, que ces moments sont aujourd’hui dépouillés de leur sens, de leur profondeur, de leur vérité symbolique, spirituelle… réduits à des séquences, des phases, des procédures. Manque de douceur, de contact peau, de communication sans parler, sans avoir peur du silence.

Kazura-bashi - CC world waif

Aux mourants, offrons, autant qu’il nous est possible, même par instants volés, des choses simples : une chambre qui soit comme une forêt où l’on peut se perdre (puisque c’est de ça qu’il s’agit quand quelqu’un « part »), calme, sombre, bruissante ; des oreilles qui écoutent et une attention de tout l’être par-delà la parole ; des sourires comme rosée ; des regards comme des papillons. Et cette fleur qu’ils ne verront pas forcément, mais qui distille dans la chambre son impalpable sourire, comme celle placée au chevet du blessé horriblement mutilé de Johnny got his gun.

Et aidons-les à prendre le chemin. Qu’il soit celui de la montagne, comme dans La Ballade de Narayama, celui de la mer aux vagues endormeuses, ou encore du pont entre deux rives où l’on s’avance toujours seul, faible, nu. Que la brume les accompagne, et non la lumière crue, le bruit de l’eau, et non celui des moniteurs, le souvenir des caresses sur la peau et non les aiguilles et les tubes invasifs.

Giron du songe
Avancer à pas très lents
vers quoi ? — sans pensée


Source : galerie de world waif, CC sur Flickr / Johnny got his gun, 1971 / Maria Casarès (merci à « El sí mágico »)

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: Nemuru Otoko : L’homme qui dort : Oguri Kōhei :

[fr] Un homme jeune dort depuis plusieurs semaines, après une chute en montagne. Ce film de Kōhei Oguri (小栗 康平, Oguri Kōhei), sorti en 1996, est une œuvre sereine, sans poids, sans dramatisme excessif. Autour de cet homme, face à la nature, entre la vie et la mort, frémissent les fils ténus ou puissants qui l’attachent à d’autres êtres.

sleeping_man

Au rythme du cœur, de l’eau qui coule, des heures du jour, scènes et personnages se situent par rapport au souffle ténu de l’homme qui dort. Images splendides :
– l’enfant qui regarde le dormeur
– la vieille mère lavant son fils inerte
– Tia face à la mer, puis Tia et Kamimura dans la cabane de la forêt
– l’intérieur du moulin à eau
– la forêt
– la pièce de nō en pleine nature
– la vapeur s’échappant de la surface du bain (onsen) déserté
– la lune, énorme
– le grand corps paisible, mort, en lien avec le jardin.

Pour en savoir plus, lire la présentation de l’œuvre sur le site Trigon-Film, où l’on peut commander le DVD.

Lire aussi de belles critiques sensibles, pour un chef d’œuvre que j’ai découvert il y a quelques années grâce à un cycle japonais sur Arte.

– Long et intéressant  article sur le site du Festival international du film de Berlin 1997 en anglais et allemand.

– Un autre commentaire, marquant en particulier la différence entre une approche des films comme un « touriste » ou comme un « voyageur » du cinéma, cette seconde manière seule à même « de comprendre, d’apprécier, d’aimer les films qui montrent des gens ordinaires, des vies ordinaires ». Sur le site some words some places : japanese and chinese film reviews.

Biographie du réalisateur (en japonais)