: Claire Basler, fille des arbres :

[fr] J’ai mis du temps pour écrire ce billet, alors que je n’avais pas raté le rendez-vous organisé par Claire Basler pour ses amis, clients et fidèles, les 10 et 11 avril 2010, dans un lieu assez fait pour elle, l’Espace Commines, à Paris, dans le troisième arrondissement : murs blancs, beaux volumes, ce qu’il faut de poutrelles métalliques et d’éclairage zénithal pour s’imaginer dans un atelier et toujours ce beau souci de la nature invitée et en scène, en contrepoint des images que l’artiste offre aux regards.

C’est en effet un grand espace à verrière métallique qui accueillait cette exposition de printemps. Comme chaque fois, la nature et la peinture coexistent : grands vases avec d’immenses branches de cerisiers, de Magnolia soulangeana, de noisetiers tortueux. De grands pavots jaunes, de gros bouquets de soucis, des lys, aussi…

Et l’on regarde, en voisines, la peinture confrontée à sa sœur l’image vraie de la nature. Dans certains vases, l’eau commence à croupir. Il y a une belle odeur entêtante de fleurs blanches. Et sur les toiles, quelque chose comme la nature arrêtée en pleine danse, en mouvement ou en éphémère équilibre…

Alors avec plaisir on retrouve ce goût de Claire Basler pour les séries, et l’on s’y promène. Toujours les grands formats généreux.

Quelques échos : les anémones qui se marient aux graminées, les camaïeux de rose et de violet avec l’or bronze, des roses blanches dans le vent, le soulangeana sur fond argent. Je prends en photo et en pensée l’empreinte de ces quatre grands sépias qui cherchent l’esprit des graminées au bord de l’eau. Puis trois grands formats carrés, et encore quatre paysages de pins.

Sur les grands paravents, bouleaux et graminées, or et bronze. J’aime cette étude d’écorce, ces troncs mariés. Plusieurs arbres « remarquables ». Et enfin, cette plongée sous les frondaisons et l’échappée de lumière sous la voûte sombre, la forêt vivante, la forêt qui accueille, élève, nourrit l’esprit.

Je monte à l’étage, m’emplit d’une vision englobante, et emmène avec moi tous ces moments précieux.

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: Claire Basler, peintures : l’écouteuse des plantes :

[fr] Deuxième volet de l’exposition de printemps à la galerie Thierry Marchand : après ses dessins, ce sont les peintures récentes de Claire Basler que vous pouvez — devez — aller voir, vite, jusqu’au 30 juin !

claire basler dune 1 - 2009

En arrivant sur la place du Palais-Bourbon,vous prenez le trottoir où est situé le fleuriste Moulié et, au passage, absorbez un grand frisson de fleurs sublimes, serrées dans des vases hauts, comme des friandises intouchables. Puis, rue de Bourgogne, le numéro sept, entrez… Le soir du vernissage, de grandes branches de charme (?) et des bouquets de pivoines blanches, et du monde, des conversations, le sourire de Claire Basler.

Dans la pièce de gauche, la grande cimaise avec quatre rangées de neuf portraits de pavots, blancs, jaunes, carmins. Pressés, alertes, alanguis, ils déploient leurs multiples beautés, sollicitant le regard, juchés sur leurs tiges. Les grandes graminées ondoyant sur les dunes offrent ailleurs leur frais fouillis poétique, libre. À l’étage, vous retrouvez cette atmosphère recueillie qui sied si bien aux œuvres : murs plus proches, accrochage sensible. Variations sur des roses blanches, mais aussi triptyque où des pavots rose chair au cœur cramoisi dansent avec des fleurs de carotte. Et toujours, cette impression de rencontrer des êtres, de croiser du regard des portraits de fleurs…

Le bonheur de retrouver quelques dessins, comme une empreinte tendre, un peu secrète, généreusement dévoilée il y a quelques semaines ici même. Était-ce l’étape de maturation ou le repos entre les grandes aventures peintes, je ne sais, mais leur profondeur touche autant. Vous vous perdez aussi dans d’autres panneaux avec des graminées dans le vent. Et pas loin, sur fond argent, les calices roses sur des branches nues de Magnolia x soulangeana. Mais est-ce bien de ces fleurs-là qu’il s’agit ? Souvent vous doutez, car ces fleurs-là ne sont pas « décrites », elles sont captées et données au regard, entières et infidèles, car reflets de l’instant. Et vous avez longtemps l’impression de ne pas savoir si ce sont des roses ou des pivoines, des pavots ou des anémones, comme si l’on ne savait pas assez bien regarder, pas comme elle, l’écouteuse des fleurs.

Devant le sous-bois, vous imaginez un monde de fées et de sylvains, mais ils ne sont qu’inventés par vous. Ce paysage d’eau cependant, raconte une histoire. C’est le jour, l’atmosphère est assez sombre, et voir danser ces anémones violacées surgies des eaux vous évoque, au premier chef, des scènes plus maléfiques et d’anciennes terreurs populaires. Rien de tout cela cependant, serait-ce un clin d’œil amusé de l’artiste ? Elle a déjà offert à des iris de jardin un décor de hautes futaies, il y a quelque temps. Le pont vers le fantastique n’est ici nullement franchi, ni même emprunté. Vous pensez alors, en regardant plus longuement, que dans ce paysage aquatique, les fleurs ont choisi leur scène. Les anémones s’émancipent et désirent être là, danser là. Et comme nous avions tout à l’heure des portraits de fleurs, ce sont des scènes de fleurs qui s’offrent à votre imaginaire.

Revenez maintenant dans la galerie du rez-de-chaussée. Vous êtes prêt à prendre en pleine face le bal des lys et des œillets (?). Ailleurs, on vous parlera de combat. N’en croyez rien, sauf si l’artiste le confirme. Et vous le savez bien, ses tableaux portent rarement des titres. Si c’est un combat, il l’est alors à la manière baroque, celle des madrigaux guerriers et amoureux de Monteverdi. Dolentes, combattives, amoureuses, caressantes, féroces ou meurtries, à vous de choisir. En fond, l’horizon brumeux et liquide qui soutient et accueille l’assemblée de ces belles fleurs animées…

Source image : © Claire Basler

: Claire Basler, dessins, la voie sereine :

[fr] Vous la connaissez depuis des années, vous aimez ses tableaux. Ses fleurs ont des allures, des envols, des éblouissements. Entre pourpres, orangés, roses profonds, bleus…

Allez voir Claire Basler au sept de la rue de Bourgogne, à Paris. Thierry Marchand organise dans sa galerie une exposition en deux temps. Du 10 avril au 13 mai : dessins. Puis viendront les peintures, du 14 mai au 30 juin.

Là, ce sont les dessins. Vous ne saviez à quoi vous attendre, quoique l’invitation vous en ait laissé deviner quelque chose. Les formats : toujours monumentaux, avec quelques séries plus petites. L’isolement des sujets dans l’espace du support, aussi, vous les retrouvez. Et cette attention aux fleurs qui penchent, aux herbes qui bruissent, aux branches qui foisonnent. C’est bien elle.
Dans la galerie, soir du vernissage, beaucoup de monde, de grands vases où embaument des lys et ces longues branches de cerisier qui installent un hanami parisien dans l’esthétique et l’atmosphère du lieu. Au milieu du brouhaha, vous absorbez lentement votre surprise. Curieuse impression de nudité.
© Claire Basler, Pavots

Alors vous reconnaissez là des soleils, ici des anémones et là encore des pavots. Et aussi ces futaies, créant au-dessus de votre tête l’arche des anciens chemins creux, ou ces masses diffusant pour vous seul l’appel infime de la forêt. Dans ces marécages, l’onde attend l’aube. Et tout ici a pris robe brune, sépia, grise, avec une sorte de sérénité silencieuse qui ne cesse de vous étonner, secrètement. Ce monochrome vous étreint, comme l’envers de la couleur que vous savez être si présente, si vibrante dans sa palette. Ici, Claire Basler a cherché encore plus loin l’unicité de l’être-tige, de l’être-corolle, de l’être-écorce. Vous prenez votre temps, car ces portraits dessinés parlent dans la volupté du blanc où ils respirent, dans les sauts de nuances — du gris au bistre, au brun pâle presque rosé –, dans l’accrochage sensible.
Que préférez-vous ? Ces cinq lys aux indolentes poses, qui se répondent et conversent ? Ces pins presque couchés ? Ces branchages gonflés comme des mandragores ? Ce panneau d’études où tout vous plaît (et pourtant le point rouge est déjà là, sur celui qui aurait été votre premier choix)…

Source image : © Claire Basler
En voir davantage sur son site.
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26 mai 2009 : Lire ce deuxième billet sur l’exposition de peintures de Claire Basler à la galerie Thierry Marchand

:. Les fleurs fées .:

[fr] Il était une fois… des fleurs, ni dans un jardin, ni dans un vase. Non, c’étaient des fleurs-fées.

D’abord, elles étaient un peu seules, et dressées sur leurs immenses tiges, elles surgissaient devant vous sur ce fond mi-nuage, mi-mousseline, qui vous empêchait d’aller plus loin. Sans doute fallait-il savoir comment leur parler. Alors, tout simplement, il n’y avait plus qu’à s’asseoir, plutôt par terre, jambes croisées et à attendre. Et surtout regarder.

Il y avait celles qui sur leurs tiges élégantes aimaient tant faire admirer leurs têtes soyeuses, un peu froissées encore des déplissages matinaux, leur poésie éphémère. Absentes à tout ancrage dans le réel, elles vous entraînent dans leur sillage.

(c) Claire Basler - Triptyque blanc sur fond gris

Et là, vous entrez soudain dans un monde qui bouleverse vos codes. Trois roses cramoisies dominent la scène, perchées, presque instables. Plus bas, dans un grand mouvement, s’animent encore belles cramoisies bordées de blanc et roses charnues au coeur dense, entrelacées de mousseuses tiges jaunes qui font penser au gaillet vrai, l’ensemble ayant l’air échappé d’un herbier, juste avant l’emprisonnement. C’est une main tendre qui les a posées là, frémissantes et individualisées comme des éclats de vie.

(c) Claire Basler - La danse de l'herbier vivant

Vous vous laissez guider par les couleurs et vous perdez votre taille, minuscule vous errez dans une forêt de graminées sèches où les chicorées sont plus bleues que vraies. Voilà désormais votre domaine, entre la souche monstrueuse, les bogues à piquants et l’humus délicieux, avec là-haut le ciel qui s’effiloche et le monde qui tourne. Ne revenez pas, il y a plein de dominos fleuris à explorer encore au mur de l’atelier.

(c) Claire Basler - Dans le monde sec et bleu, sur fond de nuages

Pour en savoir plus, visitez le site de Claire Basler, belle dame entourée de tableaux, de fleurs dansantes et d’arbres.

Atelier de Claire Basler

Tous les tableaux reproduits proviennent du site de l’artiste, peintre à Montreuil, près de Paris et sont © Claire Basler.
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