: Choses qui parlent du temps :

[fr] La pluie abîme les fleurs, on le sait. Souvent, les roses blanches en héritent des rousseurs couleur sang très émouvantes. Parfois, les dégâts sont plus cruels. Et ces roses-là, blessées, ont-elles encore le souvenir de leur velouté ?

mardi 10 juillet 2012, Roseraie du Val de Marne, L’Haÿ les roses

lendemains d’orage
roses comme rombières fripées —
ah ! impermanence

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: avant l’affiche, le regard de la girafe :

[fr] Station de métro en travaux, de grands couloirs, blancs, propres, mieux éclairés, carreaux en cours de pose, emplacements publicitaires préparés mais vides, multitude de fils techniques au plafond. Et surtout ces murs neutres, à droite et à gauche, sans pub, sans pub.

Dans les cadres blancs, du gris ciment, calme et patient. Et bonheur éphémère, des dessins rapides, joyeux, qui égaient instantanément soirée et retour chez soi.

Ce n’est plus le monde des titans en colère et en carton-pâte numérique, ni celui des voyages vert-jaune-orange ou casse-euros. Ce n’est pas le matraquage de la quinzaine mais l’émergence rafraîchissante de dessins gratuits. Le soleil est énorme, girafe et girafon découvrent la jungle métropolitaine peuplée d’humains qui parcourent les couloirs du matin ou soir. À côté, quelque chose qui tient du dodo qui aurait cru à son rêve de pouvoir voler et aussi un mouton farceur et philosophe…

Mais surtout, une merveilleuse évocation d’ogresse, certainement celle qui ouvre la porte à Jean, Pierrot et la petite Marie, guidés hors de la forêt par Courtillon-Courtillette-Suivon-Suivette, la bonne chienne. N’est-ce-pas ?

Je ne sais pas qui je dois remercier pour ces dessins mais je le fais avec plaisir. Recommencez quand vous voulez, artiste inconnu(e) !

: Choses qui disent le printemps :

[fr] Naturellement, rien n’est davantage la couleur du printemps que la corète japonaise dont j’ai parlé dans un autre billet. Pourtant, hier une conjonction heureuse de trajectoires m’a permis de faire mentalement un bouquet de détails jaune vif que je vous livre ici.

mardi 20 mars 2012, 10 h 40 (Paris, Poterne des peupliers)

jaunes comme la cycliste
bas-côtés pleins de narcisses —
tramway de printemps

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Image Wikimedia Commons, Narcissus pseudonarcissus, photographiée en 2011 par Sapin88

: vite ! des souhaits :

[fr] Ah ! il est bien tard… et même la date limite d’envoi de souhaits est complètement dépassée.

Mais non, quel plaisir d’utiliser d’abord tout le mois de janvier pour claironner d’abord « bonne année » à tous les gens qu’on croise (en dehors des proches et des amis), la caissière, le chauffeur de bus, le contrôleur de train (oui, le premier janvier), puis plus discrètement, pour envoyer au fil des messageries des souhaits en haiku, miroir et clin d’œil au destinataire qui devrait y trouver un petit peu de soi, un petit peu d’elle/lui.

D’aucuns stigmatisent les traditionnels souhaits de nouvel an, dénonçant dans ce rite qui résiste bien à l’usure la fête du mouton, une urbanité feinte et factice et une hypocrisie ostensible…

* la petite monnaie des vœux

La politesse des vœux « obligatoires » est un merveilleux outil de contrainte choisie. L’un de ses mérites (comme les grèves de transport) est de favoriser le dégel de personnes lambda qui se rencontrent. Lancer un « bonne année » à un groupe d’inconnus un premier janvier à zéro heure vingt-trois déclenche presque en ricochet et sans retenue un bouquet de sourires. Le dire systématiquement la première fois qu’on les croise, sans sélection, favoritisme et ostracisme, au chauffeur de bus, à la caissière, à toutes les personnes avec qui on interagit entre le premier et le trente-et-un janvier, est une hygiène de sociabilité à laquelle on peut bien se soumettre un fois par an. Rien d’hypocrite, juste le plaisir d’être plus aimable encore que d’habitude, pour son propre plaisir.
Certes, on récolte aussi en retour beaucoup de drouille, souvent du mauvais goût (celui de qui ?), de la convention mais toujours ce qui fait pencher la balance du côté de la bienveillance.

* les liens repris/reprisés

Rien de tel que les rites (les vœux, les cartes de vacances, les anniversaires) pour reprendre contact, repriser l’effilochage des relations, enlever les erreurs 404 dans la vie ou sur son blog et peut-être reprendre contact pour de bon (ou pas).

Alors, ce billet qui a deux mois de retard, je le reprends aujourd’hui parce que c’est ainsi et que voilà des vœux pour les jours à venir qui voudront bien les accueillir :

– regarder la lune souvent, en rentrant le soir, au milieu de la nuit quand elle est pleine et s’invite par la vitre laissée sans volets, orange sur l’horizon, en lame trop usée sur la meule de la nuit, voilée, …

– entrer dans mon année bachelardienne à fond et ne plus quitter cette ère bénéfique : lire Bachelard, le relire et en faire le bon pain de mes contes ; fêter son centenaire, l’étudier, vivre sous son soleil

– pratiquer à outrance la sérenpidité agissante et contagieuse

– chercher les arbres et galets trésors secrets

– écouter davantage oiseaux et abeilles

– planter des jardins pirates en ville (une autre manière de faire du guerilla gardening)

– prendre autant que possible et le plus souvent le parti du sourire et du micro-crédit.

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Merci à Alexandre Dulaunoy (flickr) pour ces arbres mariés photographiés en janvier 2010 aux Bulles, pas loin de Rossignol, Florenville et Bellefontaine. Le portrait de Gaston Bachelard provient de l’Association Guillaume Budé, section Orléans. Le jardin minuscule a été capturé par Furoshiki qui n’avait pas oublié ses yeux numériques, cette fois-là.

: l’été, choses qui rafraîchissent :

[fr] la nuit, l’été, la chaleur… Plus que jamais, les traditionnelles clochettes éoliennes fūrin (風鈴) sont omniprésentes.

samedi 20 août 2011, 23 h 30

nuit lourde et moite
économies obligent —
rêve de cloches de vent

dimanche 21 août 2011

parasol oublié
vite pieds nus sur la terrasse —
plus qu’enfin l’orage

Les images proviennent des galeries Flickr de kawabata – fūrin – et mloge – windbell – en Creative Commons.

: journée calme :

[fr] La ville très calme hier soir et le temps choisi qui s’étire. Grande plage de lecture avec Haruki Murakami : (ノルウェイの森 Noruwei no Mori) (rester dans le monde révélé par l’auteur : pas question d’aller voir le film récemment sorti en France).  Quelques bouquets de feu d’artifice dépassant des immeubles…

Réveil tôt, puis dormir encore. Mais c’est la pie qui la première…

jeudi 14 juillet, 9 h 45

vroum broum hélicos
pie bavarde — clac balac
quatorze juillet

Alors, prendre son temps.

jeudi 14 juillet, 10 h

terrasse calme
thé cris d’enfants et lecture
là-bas jour de fête

Pas trop de pétards encore. Vers 13 h, les engins militaires en convoi et les coups de klaxon. Du temps devant soi.

L’an dernier, c’était différent.

L’image est empruntée à la galerie Flickr de The Waxhead en Creative Commons : Magpie

: parfum de tilleuls :

[fr] Ah ! l’enveloppement soudain d’un parfum de plante ou d’arbre affluant en masse, lorsque l’on marche en ville. Ce peut être en tournant dans une rue, et de rencontrer une glycine débordant d’un muret dans la douceur du soir, ou en suivant une allée plantée d’arbres frères. Et quand elle se renouvelle, la surprise est d’autant plus agréable.

mardi 14 juin 2011, 10 h, Paris [et bien d’autres fois avant et après]

narines séduites
marchant dans l’odeur de miel
tilleuls sur le quai

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image empruntée à la galerie flickr de genevieveromier en CC (tilleul)