: Choses qui étreignent :

Lune à Chypre - CC par CyprusPictures

[fr]
La lune, si blanche, empêchée, derrière le noir des nuages.

Certains morceaux joués au clavecin.

Des mots d’enfants liés à l’amour et à la mort. L’homme de la rue. Le regard de Kafka.

La justesse.

Le parler vrai.

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lundi 30 juillet 2012, 2 h

cherchant à séduire — qui ?
comme une veuve sous le crêpe
pleine lune d’été

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Image en creative commons /by-sa/2.0/ — Moon and clouds over Limassol par CyprusPictures

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: avant l’affiche, le regard de la girafe :

[fr] Station de métro en travaux, de grands couloirs, blancs, propres, mieux éclairés, carreaux en cours de pose, emplacements publicitaires préparés mais vides, multitude de fils techniques au plafond. Et surtout ces murs neutres, à droite et à gauche, sans pub, sans pub.

Dans les cadres blancs, du gris ciment, calme et patient. Et bonheur éphémère, des dessins rapides, joyeux, qui égaient instantanément soirée et retour chez soi.

Ce n’est plus le monde des titans en colère et en carton-pâte numérique, ni celui des voyages vert-jaune-orange ou casse-euros. Ce n’est pas le matraquage de la quinzaine mais l’émergence rafraîchissante de dessins gratuits. Le soleil est énorme, girafe et girafon découvrent la jungle métropolitaine peuplée d’humains qui parcourent les couloirs du matin ou soir. À côté, quelque chose qui tient du dodo qui aurait cru à son rêve de pouvoir voler et aussi un mouton farceur et philosophe…

Mais surtout, une merveilleuse évocation d’ogresse, certainement celle qui ouvre la porte à Jean, Pierrot et la petite Marie, guidés hors de la forêt par Courtillon-Courtillette-Suivon-Suivette, la bonne chienne. N’est-ce-pas ?

Je ne sais pas qui je dois remercier pour ces dessins mais je le fais avec plaisir. Recommencez quand vous voulez, artiste inconnu(e) !

: Hiroshima mon amour : 二十四時間の情事 :

[fr] Écouter ce samedi 28 mars, dans Projection privée, Emmanuelle Riva parler avec Michel Ciment sur France-Culture. Évocation de sa rencontre avec Alain Resnais, du tournage en 1958 du film Hiroshima mon amour, de son immersion totale dans Hiroshima en reconstruction, de l’énergie qu’elle ressentait, des enfants souriants et de la multitude de photos qu’elle avait prise alors.

Écouter sa voix et rappeler en soi, de ce film vu il y a assez longtemps,ce qui remonte à la mémoire. Quelles traces ? S’interdire de chercher sur internet quoi que ce soit avant d’avoir écrit ces quelques lignes : le noir et blanc, les déambulations du couple, émouvant, la quasi absence de paroles, la construction d’une bulle intemporelle, l’urgence et la poignance de l’amour. Elle : le visage penché, encadré des cheveux lâchés. Lui : grave, tendre.

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Chercher alors un photogramme, en choisir deux et les charger dans ce billet. Épure incandescente de l’image. Se rappeler le texte de Duras. Se souvenir un peu plus du film comme un trésor rayonnant et inaltérable. Comme une lame de sabre. Ressentir là un pont entre France et Japon…

Elle : Emmanuelle Riva. Lui : Okada Eiji 岡田英次

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Les photos prises par Emmanuelle Riva, qu’elle avait gardées si longtemps sans beaucoup les montrer, sont à l’origine du livre Tu n’as rien vu à Hiroshima qui vient de sortir aux éditions Gallimard.

Plus sur le film (en japonais et en anglais) sur le site de l’Osaka European film Festival.

À venir, du 14 au 18 avril, à la Maison de la culture du Japon à Paris, pour le cinquantenaire du film, une projection de Hiroshima mon amour, avec un programme de films japonais tournés entre 1945 et 1958, et une exposition des photographies d’Emmanuelle Riva. À ne pas rater !

Photos : © Argos Films

Les photographies d’Emmanuelle Riva ont été publiées pour la première fois en 2008 au Japon, par Inscript, sous le titre : Hiroshima 1958, by Emmanuelle Riva.

Hiroshima 1958

: Richard Davies : solitude de nos vies rêvées :

[fr]

 » J’essaie d’exprimer la solitude immense, terrible et merveilleuse, tragique et comique dans laquelle nous vivons nos vies rêvées, nos rêves de la vie ou la beauté de la réalité que nous percevons par moment. » (Richard Davies)

(c) Richard Davies - Galerie Michèle Broutta, Paris (c) Richard Davies - Atelier René Tazé, 1983

Deux expositions récentes, toutes deux parisiennes, à la Galerie Michèle Broutta et à la Bibliothèque nationale de France, ont été consacrées au dessinateur et graveur gallois Richard Davies (1945-1991).

Malgré la présomption d’art difficile souvent attachée à l’estampe et aux artistes qui s’expriment par ce medium, l’enchantement — au sens fort, mais néanmoins bénéfique * — est entier, et il opère très vite. Le spectateur est attiré par ces scènes à la fois étranges et paisibles, tissées de regards, de gestes, de complaintes, rengaines, fanfares, et empreintes d’une poignante et frémissante beauté.

L’humain y est humain et universel. Bien que solitaire, un être y est rarement seul, mais en interaction silencieuse avec l’autre, les autres, la nature, les animaux, le spirituel. Même séparés, même éloignés, les fils ne sont pas rompus, le lien social est présent, il respire. L’espace vibrant de l’image (paysage ouvert, scène de cirque, route…) est rempli par ces « vies rêvées » qu’évoque l’artiste, avec la profondeur des désirs, des espoirs, des questions inachevées, et une tendresse inquiète qui ne se dit jamais.
On y voit aussi les griffures de la pointe sèche, le velouté de l’aquatinte, la gradation des teintes. Perséphone, comme emmurée, émerge lentement des états successifs de la manière noire, échappant aux demeures d’Hadès, au printemps renaissant, jusqu’à ce que, à nouveau, s’opère son involution irrémédiable dans les profondeurs chtoniennes : il suffit pour cela de regarder les gravures dans l’autre sens, avec la lenteur ou la vitesse que l’on souhaitera impulser au praxinoscope temporel.

Jamais cependant ces images ne nous sont apparues cruelles, malgré l’ « immense solitude » sur laquelle insistent nombre de commentateurs. On peut y lire, nous semble-t-il, une grande lucidité, l’amour des êtres simples, profonds, sincères, le goût de la vie infime et splendide, l’éphémère beauté de l’instant. En regardant un couple qui danse, on pense à Goya, mais sans la désespérance des Desparates ; ailleurs, ce sont Toulouse-Lautrec et Degas qui viennent à l’esprit, or, là, chez Davies, le regard est plein de bonté. Dans la planche Comme à l’abri, 1986, au seuil d’une salle inondée de jour, un homme vêtu de sombre va sortir du cadre : et c’est Gauguin qui surgit en mémoire (Autoportrait au Christ jaune, musée d’Orsay). La virtuosité exceptionnelle du graveur l’inscrit sans conteste parmi les maîtres de l’estampe et dans la continuité féconde des artistes créateurs. Qui voit et admire ces pièces enrichit son propre regard et sa perception du monde, des choses.

[* ENCHANTEMENT, subst. masc.
A. 1. Action d’enchanter. Synon. ensorcellement, envoûtement.
B. Par analogie, au figuré. 1. Pouvoir d’exercer sur l’homme une action mystérieuse et profonde analogue à un enchantement. Synon. attraction, fascination. Trésor de la langue française informatisé]

  • De la maison au bord de la route

(c) Richard Davies - De la maison au bord de la route, 1987 - BNF

Cette image est parmi nos préférées. Profonde et lumineuse comme un conte, avec une tendresse sauvage, elle est ouverte et paisible. L’être attend et peut s’envoler, la pensée est libre. Densité du mercure et légèreté de la plume, l’infini du monde dans un regard. Les pieds nus, la forêt (?) profonde. La maison, le rideau. Dedans et dehors. Les profils en lumière inversée, tous deux regardant dans le même sens.

Pour en savoir plus

  • Expositions 2008 et son atelier de gravure en taille douce

Inédits Galerie Michèle Broutta+ une estampeRichard Davies graveur BNFAtelier René Tazé et là aussi

  • Webographie : des textes enthousiastes

Chroniques de la BNFBrève L’HumanitéBlog Tempo Tango

  • Dossier de presse

Manifestampe

Source des images : Galerie Michèle Broutta, Atelier René Tazé, Bibliothèque nationale de France. Tous droits réservés © Richard Davies. Reproduction sur le site Furoshikiblog avec l’autorisation de l’ayant droit de l’artiste.

: Hina Matsuri 雛祭り (Évocation) :

[fr] Hina Matsuri… : le troisième jour du troisième mois. Il est facile de trouver des billets sur cette fête japonaise (Festival des poupées), dont l’origine est d’abord chinoise, qui apparaît au Japon à l’ère Heian et se fixe à l’ère d’Edo jusqu’à devenir aujourd’hui la fête populaire des fillettes.

Ici, loin des ravissantes poupées traditionnelles installées sur des présentoirs en gradins, une évocation du couple impérial volontairement estompée derrière une feuille de papier calque. Japon lointain…

Hina 2008 - FuroshikiBlog

Pour en savoir plus :
si vous lisez l’anglais, ce récent billet de Japan Navigator est plein d’enseignements sur Hina Matsuri : ses différentes dénominations (Hina Matsuri ou Fête des poupées, Momo no Sekku ou Fête des Pêchers, et aussi Joshi no Sekku ou Fête des Filles), les coutumes qui y sont associées, son origine chinoise et son évolution au Japon. Ad Blankestijn explique en particulier le rôle joué, dans la cérémonie purificatrice du 3 mars, par les premières figurines humaines en papier, jetées à la rivière, et porteuses des impuretés de l’année écoulée. Ces « nagashi-hina » sont progressivement devenues les poupées que l’on connaît aujourd’hui.

Autres billets de FuroshikiBlog sur 雛祭り avec des images de poupées ningyo et d’autres détails
Hina Matsuri – Doll’s Festival
Hina Dolls – Boone Collection Chicago
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