: Richard Davies : solitude de nos vies rêvées :

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 » J’essaie d’exprimer la solitude immense, terrible et merveilleuse, tragique et comique dans laquelle nous vivons nos vies rêvées, nos rêves de la vie ou la beauté de la réalité que nous percevons par moment. » (Richard Davies)

(c) Richard Davies - Galerie Michèle Broutta, Paris (c) Richard Davies - Atelier René Tazé, 1983

Deux expositions récentes, toutes deux parisiennes, à la Galerie Michèle Broutta et à la Bibliothèque nationale de France, ont été consacrées au dessinateur et graveur gallois Richard Davies (1945-1991).

Malgré la présomption d’art difficile souvent attachée à l’estampe et aux artistes qui s’expriment par ce medium, l’enchantement — au sens fort, mais néanmoins bénéfique * — est entier, et il opère très vite. Le spectateur est attiré par ces scènes à la fois étranges et paisibles, tissées de regards, de gestes, de complaintes, rengaines, fanfares, et empreintes d’une poignante et frémissante beauté.

L’humain y est humain et universel. Bien que solitaire, un être y est rarement seul, mais en interaction silencieuse avec l’autre, les autres, la nature, les animaux, le spirituel. Même séparés, même éloignés, les fils ne sont pas rompus, le lien social est présent, il respire. L’espace vibrant de l’image (paysage ouvert, scène de cirque, route…) est rempli par ces « vies rêvées » qu’évoque l’artiste, avec la profondeur des désirs, des espoirs, des questions inachevées, et une tendresse inquiète qui ne se dit jamais.
On y voit aussi les griffures de la pointe sèche, le velouté de l’aquatinte, la gradation des teintes. Perséphone, comme emmurée, émerge lentement des états successifs de la manière noire, échappant aux demeures d’Hadès, au printemps renaissant, jusqu’à ce que, à nouveau, s’opère son involution irrémédiable dans les profondeurs chtoniennes : il suffit pour cela de regarder les gravures dans l’autre sens, avec la lenteur ou la vitesse que l’on souhaitera impulser au praxinoscope temporel.

Jamais cependant ces images ne nous sont apparues cruelles, malgré l’ « immense solitude » sur laquelle insistent nombre de commentateurs. On peut y lire, nous semble-t-il, une grande lucidité, l’amour des êtres simples, profonds, sincères, le goût de la vie infime et splendide, l’éphémère beauté de l’instant. En regardant un couple qui danse, on pense à Goya, mais sans la désespérance des Desparates ; ailleurs, ce sont Toulouse-Lautrec et Degas qui viennent à l’esprit, or, là, chez Davies, le regard est plein de bonté. Dans la planche Comme à l’abri, 1986, au seuil d’une salle inondée de jour, un homme vêtu de sombre va sortir du cadre : et c’est Gauguin qui surgit en mémoire (Autoportrait au Christ jaune, musée d’Orsay). La virtuosité exceptionnelle du graveur l’inscrit sans conteste parmi les maîtres de l’estampe et dans la continuité féconde des artistes créateurs. Qui voit et admire ces pièces enrichit son propre regard et sa perception du monde, des choses.

[* ENCHANTEMENT, subst. masc.
A. 1. Action d’enchanter. Synon. ensorcellement, envoûtement.
B. Par analogie, au figuré. 1. Pouvoir d’exercer sur l’homme une action mystérieuse et profonde analogue à un enchantement. Synon. attraction, fascination. Trésor de la langue française informatisé]

  • De la maison au bord de la route

(c) Richard Davies - De la maison au bord de la route, 1987 - BNF

Cette image est parmi nos préférées. Profonde et lumineuse comme un conte, avec une tendresse sauvage, elle est ouverte et paisible. L’être attend et peut s’envoler, la pensée est libre. Densité du mercure et légèreté de la plume, l’infini du monde dans un regard. Les pieds nus, la forêt (?) profonde. La maison, le rideau. Dedans et dehors. Les profils en lumière inversée, tous deux regardant dans le même sens.

Pour en savoir plus

  • Expositions 2008 et son atelier de gravure en taille douce

Inédits Galerie Michèle Broutta+ une estampeRichard Davies graveur BNFAtelier René Tazé et là aussi

  • Webographie : des textes enthousiastes

Chroniques de la BNFBrève L’HumanitéBlog Tempo Tango

  • Dossier de presse

Manifestampe

Source des images : Galerie Michèle Broutta, Atelier René Tazé, Bibliothèque nationale de France. Tous droits réservés © Richard Davies. Reproduction sur le site Furoshikiblog avec l’autorisation de l’ayant droit de l’artiste.

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