: Carabosse par Françoise Quardon :

[fr] Ses cheveux vert acide accrochent le regard. Elle avance sur des escarpins prairie tendre au coeur d’un sous-bois sombre. Où mène ce conte visuel ?


Carabosse, 2007 © Françoise Quardon
[Merci à l’École spéciale d’architecture et à Cherry on the punk pour les détails et le chemin vers l’image]

  • Pour en savoir plus sur l’artiste et sa démarche bousculant les images, les choses convenues et appelant le regard à se déplacer, à gratter derrière la surface des clichés (dans tous les sens du terme), on pouvait, entre autres, lire en 2007 sur la page de la carte Louvre jeunes [mise à jour en septembre 2008], qui est à l’origine de ce travail, le texte suivant :

À partir des thématiques qui fondent son travail (ornement, hybridation, anachronismes et fantastique), elle évoque une expérience au musée du Louvre : comment visiter une œuvre en y entrant telle Alice passant de l’autre côté du miroir.
Le point de départ est un tableau d’Otto Marseus van Schrieck, Serpents et papillons dans un sous-bois, tableau recadré dans lequel Françoise Quardon se met en scène travestie et accompagnée d’un « objet magique » provenant des collections. Attirée par le côté fantastique de l’iconographie de cette peinture, elle a travaillé le tableau dans une sorte de vis-à-vis inversé : introduction d’un personnage bienveillant dans un tableau sombre et fantastique. Il s’agit de façon légère et métaphorique, de parler des échos qu’à travers le temps les œuvres créent en mettant en marche notre imaginaire.

  • et voir son travail en résidence d’artiste à la Maison de la faïence de Desvres, ou un article dans Paris-Art sur sa dernière exposition 2007 à Paris, galerie Métropolis, au Festival Slick 07. De même, un entretien éclairant [mise à jour du 18 avril 2009 : lien d’après InternetArchive] réalisé en 2000 par Hubert Besacier sur son processus de réemploi, d’utilisation de sources, l’absence de clés préétablies :  » La répétition est très importante. Répéter une chose, c’est la rendre à nouveau possible. C’est une façon d’entrer en résonance avec une autre forme de pensée et de réinventer à partir des questions qu’elle vous pose. « 
  • Pour les ingrédients de l’image, suivre des chemins obscurs et découvrir/regarder ces :Otto Marseus van Schrieck - Volubilis, crapaud, insectesMusée de Cluny - Rose d'or papale, Avignon, 1330Françoise Quardon - La surface de réparation - tatouage Alexandre Bigeast - photo Noël Bourcier« morceaux » de Carabosse : deux tableaux d’Otto Marseus van Schrieck, grammaire visuelle de cette forêt, une rose d’or médiévale, et la peau tatouée de l’artiste (Françoise Quardon, La surface de réparation, exposition Troyes, Centre d’art contemporain, 20 septembre – 7 novembre 2003).
    On peut aussi laisser fuir son imaginaire loin devant et raconter aussi l’histoire, ajouter d’autres motifs, tisser d’autres liens, éveillés et impatients. Quatre pistes de réflexions :
    .

     

  • la mise en scène de soi. Beaucoup d’artistes, de photographes explorent ce motif. Avec le jeu de rôle ou le cosplay, on en rencontre souvent une version sans distanciation. Ici, deux jeunes filles costumées en planètes. © bkmoon Voir leur site ! Mise à jour du 25-08-2008 : les pages archivées de leur site BKmoon – Barbie and Kaie Cosplay sur InternetArchive
  • BKmoon cosplay 2003-01-02

  • Plus proche de la démarche de Françoise Quardon, quelques-unes des incarnations de Björk, multiple et inclassable : © Mario, Erez Sabag, David Sims sur le site officiel de la chanteuse
  • Björk - Facts, 16 Aug 2001Björk - Erez Sabag 2006Björk - David Sims.

  • le goût du détail. Chaque élément est là pour ce qu’il représente : l’or magique au coeur d’émeraude, la chevelure électrique, les papillons aux ailes comme de l’aubier tendre, les tatouages en écho à la robe fuselée parcourue de motifs cachemiriens sombres, les écailles des serpents, le filet vert et mauve mené par des scarabées, le sourire, les ailes du personnage, ses escarpins, l’envol des feuilles de lierre (?) et enfin les nervures, les piquants et le vert argenté du chardon géant. Bel amour des matières, sérénité du regard et maîtrise technique. On pense à l’oeil de Charles Aubry (1811-1877) fixant de manière définitive des végétaux sur papier photographique, isolés ou en composition, pour servir de modèles à des dessinateurs de tissus ou papiers peints. Voir Objets dans l’objectif et Floral still lifes.
  • Charles Aubry - Groupe de végétaux sur fond tulle 1864Charles Aubry - Berce à longue feuille 1864

  • la métaphore visuelle. La richesse de la composition est nourrie par des réminiscences, des associations, des confrontations explosives. Forêt primordiale, forêt des contes, tout les détails sont ici grossis. L’orvet inoffensif se mue en monstre aux aguets. Moins Carabosse que Titania, la punkette aux ailes noires et parme draine à sa suite les regards des voyageurs du métro, les fanatiques des planches illustrées des livres scolaires ou des vieux dictionnaires et les nostalgiques de Peter Pan. A la fois arrêtée et tirée vers l’avant, fausse Carabosse et vraie magicienne, volant à cloche-pied, la rousse verte a lancé son sortilège. Les jeunes la suivront-elle au Louvre comme le joueur de flûte entraînant à sa suite les enfants de la ville de Hameln ?
  • .

  • le tout est plus que la somme de toutes les parties. Cette œuvre suscite, réveille, bouscule, autant le regard que la réflexion. Elle conte et raconte. Elle appartient à qui la regarde. Je ne m’en lasse pas.

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3 réflexions sur “: Carabosse par Françoise Quardon :

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